<?xml version="1.0" encoding="iso-8859-1"?><rdf:RDF xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:admin="http://webns.net/mvcb/" xmlns="http://purl.org/rss/1.0/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/"><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/</link><title>nissen</title><description>nissen</description><language>fr</language><webMaster>webmaster@gayattitude.com</webMaster><lastBuildDate>Thu, 10 May 2012 12:01:24 +0200</lastBuildDate><pubDate>Thu, 10 May 2012 12:01:24 +0200</pubDate><admin:generatorAgent rdf:resource="http://www.gayattitude.com/" /><items><rdf:Seq><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120510120044/et-moi-je-te-connais-a-peine/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120428120808/je-voudrais-revoir-la-mer/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120423193559/parce-que-bebed-ange-c-est-comme-un-magicien-et-pas-un-clown/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120422193623/oh/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120420114226/it-s-hard-to-say/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20091126111622/l-enfant-sans-sommeil-3/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20091120163509/l-enfant-sans-sommeil-2/" /><rdf:li rdf:resource="http://blog.nissen.gayattitude.com/20091103163800/l-enfant-sans-sommeil-1/" /></rdf:Seq></items></channel><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120510120044/et-moi-je-te-connais-a-peine/"><title>Et moi je te connais à peine...</title><description>... mais ce serait une veine, qu'on s'en aille un peu comme eux...</description><content:encoded><![CDATA[... mais ce serait une veine, qu'on s'en aille un peu comme eux...]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20120510120044/et-moi-je-te-connais-a-peine/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2012-05-10T12:00:44+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120428120808/je-voudrais-revoir-la-mer/"><title>Je voudrais revoir la mer</title><description>avec une main dans la mienne...</description><content:encoded><![CDATA[avec une main dans la mienne...]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20120428120808/je-voudrais-revoir-la-mer/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2012-04-28T12:08:08+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120423193559/parce-que-bebed-ange-c-est-comme-un-magicien-et-pas-un-clown/"><title>Parce que bébéd'ange, c'est comme un magicien et pas un clown</title><description></description><content:encoded><![CDATA[<iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/psuRGfAaju4" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20120423193559/parce-que-bebed-ange-c-est-comme-un-magicien-et-pas-un-clown/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2012-04-23T19:35:59+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120422193623/oh/"><title>Oh !</title><description></description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/n/i/nissen/20120422-4443925844f9441886bf47.jpg" width="239" height="129" border="1" alt="" title="" /></div>]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20120422193623/oh/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2012-04-22T19:36:23+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20120420114226/it-s-hard-to-say/"><title>It's hard to say</title><description>if i'd rather stay awake when i'm asleep</description><content:encoded><![CDATA[if i'd rather stay awake when i'm asleep]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20120420114226/it-s-hard-to-say/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2012-04-20T11:42:26+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20091126111622/l-enfant-sans-sommeil-3/"><title>L'enfant sans sommeil (3)</title><description>

(Suite)

Pour se représenter Jocelyn, il suffit de m'imaginer moi, mais en mieux… Même blondeur, mêmes yeux clairs et mêmes traits fins. Cela n'échappa bien sûr à personne, l'institutrice trouva même le bon goût de me demander s'il était de la famille… Bref, si j'avais voulu éviter de me mettre en position de concurrence, le reste de l'humanité s'en serait chargé. Jocelyn le premier. Intrigué et amusé par cette ressemblance, il ne trouva rien de mieux que d'organiser lors d'une récréation, une sorte de concours pour déterminer une fois pour toutes lequel de nous deux était le meilleur. Une vingtaine de camarades triés sur le volet se retrouvèrent ainsi en position de jury, assis en arc de cercle autour de nous, à nous lancer des défis plus idiots les uns que les autres, et votaient ensuite pour savoir lequel de nous deux avait été brillant dans l'épreuve. Mais, comme son statut de nouveau pouvait l'annoncer, le jeu tourna vite en un one-man show de Jocelyn qui attirait tous les regards et toutes les questions. « Paris, c'est grand comment ? », « T'es déjà monté en haut de la tour Eiffel ? », et autres niaiseries. Thomas, en particulier, n'était pas avare de questions. Le voyant ainsi pendu à ses lèvres, un sentiment violent me noua l'estomac, fit remonter mon déjeuner et m'obligea à le rendre publiquement. Ainsi déclarais-je, malgré moi, forfait dans cette compétition à laquelle j'avais été forcé. 

	Les jours suivants furent pour moi un véritable enfer. Dès qu'il me croisait, Jocelyn, désormais immanquablement entouré de son essaim d'admirateurs, m'imitait en train de vomir, Thomas s'affadissait à vue d'oeil, devenait peu à peu son petit esclave et évitait de se montrer avec moi en public, allant jusqu´à me demander explicitement de me contenter de le voir en dehors de l'école, et je me retrouvais contraint à mendier un peu d'amitié à droite et à gauche. Les récréations devinrent interminables et les pauses déjeuner infinies...

Les scarabées furent la dernière passion que Thomas et moi partageâmes, et le dernier bon souvenir de mon existence enfantine. Ma mère ayant découvert l'évier bouché et jeté notre bouteille en plastique pleine de scarabées et de dépouilles de vers de terre, elle renvoya Thomas chez lui, et m'ordonna d'aller à la cave. Thomas m'avait alors dit qu'il était invité chez Jocelyn et que désormais c'était son meilleur ami. Il me donna les sucres candy et me fit promettre qu'on ne se parlerait plus. Ravalant ma tristesse, je signai le pacte dans un amour sans limite aucune.

La dépression touche souvent les personnes au QI élevé, avec une conscience aigue de la perte et de la mort... Si la vraie dépression chez l'adolescent est relativement peu fréquente, chez l'enfant elle est rarissime, la naïveté et la curiosité prenant toujours le dessus sur la tristesse. Et pourtant, tel fut mon lot.
Du jour au lendemain, je suis devenu l'ombre de moi-même. Le vide sous les pieds, le vertige du rien s'est emparé de moi en ce mois de novembre gris foncé. Le joyeux petit garçon s'est soudainement changé en fantôme ne répondant plus à aucun stimulus. La dépression mange tout, on le sait. Mais lorsque vous n'avez pas encore dix ans, elle dévore. Premiers symptômes foudroyants : je suis passé du premier-de-la-classe-qui-lève-le-doigt-tout-le-temps au néant qui dort sur son bureau et dont les larmes coulent malgré lui lors des récréations. Plus d'encre dans le cerveau, je n'imprimais plus rien. Ni leçon, ni plaisir, je suis devenu végétal. L'enfant qui dort. Ma mère, pour me réveiller, était soudainement contrainte à me prendre dans ses bras, à me poser dans la baignoire et à m'asperger d'eau froide pendant cinq minutes. Elle m'habillait, me donner mes céréales à la cuillère comme à un enfant de dix-huit mois. </description><content:encoded><![CDATA[<div align="center"><img src="http://www.gayattitude.com/photo/n/i/nissen/20091126-12583097234b0e553f84a1e.jpg" width="630" height="519" border="1" alt="" title="" /></div><br />
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Pour se représenter Jocelyn, il suffit de m’imaginer moi, mais en mieux… Même blondeur, mêmes yeux clairs et mêmes traits fins. Cela n’échappa bien sûr à personne, l’institutrice trouva même le bon goût de me demander s’il était de la famille… Bref, si j’avais voulu éviter de me mettre en position de concurrence, le reste de l’humanité s’en serait chargé. Jocelyn le premier. Intrigué et amusé par cette ressemblance, il ne trouva rien de mieux que d’organiser lors d’une récréation, une sorte de concours pour déterminer une fois pour toutes lequel de nous deux était le meilleur. Une vingtaine de camarades triés sur le volet se retrouvèrent ainsi en position de jury, assis en arc de cercle autour de nous, à nous lancer des défis plus idiots les uns que les autres, et votaient ensuite pour savoir lequel de nous deux avait été brillant dans l’épreuve. Mais, comme son statut de nouveau pouvait l’annoncer, le jeu tourna vite en un one-man show de Jocelyn qui attirait tous les regards et toutes les questions. « Paris, c’est grand comment ? », « T’es déjà monté en haut de la tour Eiffel ? », et autres niaiseries. Thomas, en particulier, n’était pas avare de questions. Le voyant ainsi pendu à ses lèvres, un sentiment violent me noua l’estomac, fit remonter mon déjeuner et m’obligea à le rendre publiquement. Ainsi déclarais-je, malgré moi, forfait dans cette compétition à laquelle j’avais été forcé. <br />
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	Les jours suivants furent pour moi un véritable enfer. Dès qu’il me croisait, Jocelyn, désormais immanquablement entouré de son essaim d’admirateurs, m’imitait en train de vomir, Thomas s’affadissait à vue d’oeil, devenait peu à peu son petit esclave et évitait de se montrer avec moi en public, allant jusqu´à me demander explicitement de me contenter de le voir en dehors de l’école, et je me retrouvais contraint à mendier un peu d’amitié à droite et à gauche. Les récréations devinrent interminables et les pauses déjeuner infinies...<br />
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Les scarabées furent la dernière passion que Thomas et moi partageâmes, et le dernier bon souvenir de mon existence enfantine. Ma mère ayant découvert l’évier bouché et jeté notre bouteille en plastique pleine de scarabées et de dépouilles de vers de terre, elle renvoya Thomas chez lui, et m’ordonna d’aller à la cave. Thomas m’avait alors dit qu’il était invité chez Jocelyn et que désormais c’était son meilleur ami. Il me donna les sucres candy et me fit promettre qu’on ne se parlerait plus. Ravalant ma tristesse, je signai le pacte dans un amour sans limite aucune.<br />
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La dépression touche souvent les personnes au QI élevé, avec une conscience aigue de la perte et de la mort... Si la vraie dépression chez l’adolescent est relativement peu fréquente, chez l’enfant elle est rarissime, la naïveté et la curiosité prenant toujours le dessus sur la tristesse. Et pourtant, tel fut mon lot.<br />
Du jour au lendemain, je suis devenu l’ombre de moi-même. Le vide sous les pieds, le vertige du rien s’est emparé de moi en ce mois de novembre gris foncé. Le joyeux petit garçon s’est soudainement changé en fantôme ne répondant plus à aucun stimulus. La dépression mange tout, on le sait. Mais lorsque vous n’avez pas encore dix ans, elle dévore. Premiers symptômes foudroyants : je suis passé du premier-de-la-classe-qui-lève-le-doigt-tout-le-temps au néant qui dort sur son bureau et dont les larmes coulent malgré lui lors des récréations. Plus d’encre dans le cerveau, je n’imprimais plus rien. Ni leçon, ni plaisir, je suis devenu végétal. L’enfant qui dort. Ma mère, pour me réveiller, était soudainement contrainte à me prendre dans ses bras, à me poser dans la baignoire et à m’asperger d’eau froide pendant cinq minutes. Elle m’habillait, me donner mes céréales à la cuillère comme à un enfant de dix-huit mois. ]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20091126111622/l-enfant-sans-sommeil-3/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2009-11-26T11:16:22+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20091120163509/l-enfant-sans-sommeil-2/"><title>L'enfant sans sommeil (2)</title><description>Pendant que Claudette Souche, dans toute sa bêtise, s'adonnait joyeusement au tricot, à la couture et à l'aquagym, son compagnon Bernard, l'autre homme barbu de notre univers familial était, à l'inverse de mon parrain, très terre-à-terre. Presque primitif. Fan de tout le règne animal, j'admirais avec effroi cette passion folle de la chasse qui le poussait à aller jusqu'à tuer sauvagement l'objet de son affection. Il y avait, chez ce Bernard, de l'excès, et c'était rare chez les adultes. Moi, cela me rappelait mes lectures d'histoires d'amour fou à la Duchesse de Langeais qui finissaient dans le sang (mes choix littéraires étaient assez précoces  pour mon âge j'en conviens, mais je n'avais à l'époque guère qu'une bibliothèque pour m'évader du monde réel). Cela me rappelait aussi la fois où j'avais essayé de pousser Thomas dans les escaliers parce qu'il avait préféré jouer avec Jocelyn. Enfin, cela me réconciliait avec Claudette Souche qui, un jour peut-être, était susceptible d'y passer, elle aussi…
Bernard avait donc trois chats, deux chiens, un furet, des lapins… Il avait également eu un serpent, une mygale, des tortues, une mare à canards, j'en passe et des meilleures. Bref, aller chez Bernard et Claudette, c'était un peu visiter l'Arche de Noé, mais… en cage. Si de mon côté j'étais assez fasciné par toute cette faune à portée de la main, m'extasiant à chaque nouvelle visite devant une nouvelle acquisition encore plus bizarre que la précédente, mes parents regardaient tout cela d'un œil lointain et suspect. Voire accusateur, puisque Hugo, le dernier de la progéniture des Bouche, développait à chaque arrivée d'un nouveau spécimen une nouvelle allergie, à chaque fois plus impressionnante que la précédente. D'un eczéma et psoriasis décapants, il était passé à une pelade foudroyante puis à une maladie respiratoire qui l'obligeait à prendre de la ventoline toutes les heures. Chauve, à la peau sèche et squelettique, Hugo était une sorte de lézard bipède sous haute surveillance. Alors que je m'enthousiasmais chaque fois un peu plus du génie de Bernard quant à ses choix animaliers, mes parents étaient consternés de voir cet enfant devenir jour à près jour l'animal le plus laid et le plus malade de cette immense ménagerie.

	Le jour où Bernard eut l'idée de construire une volière, mon père oublia subitement le pauvre sort d'Hugo et nos visites chez les Souche devinrent, à mon grand plaisir, de plus en plus rapprochées. Je passais des heures à jouer avec le furet, à le dresser, le caresser, lui parler. De son côté, mon père, assis sur un banc en face de la volière, scrutait les moindres mouvements des huit canaris multicolores de Bernard. C'était un peu ses Feux de l'amour. Tel jour, le blanc perdait ses plumes à cause d'un parasite, tel autre il y avait l'accouplement du jaune et du orange. Puis les œufs arrivaient, les petits naissaient, les vieux mourraient. Passionnant… 

Quand j'étais puni, j'étais prié d'aller méditer sur mes bêtises à la cave, si bien que l'endroit était devenu un peu ma deuxième chambre. Cette fois, mes parents avaient un motif métaphorique valable, et c'est volontairement qu'ils me laissèrent seize heures au royaume de la moisissure. J'avais bouché l'évier avec les vers de terre... « Si tu aimes tant les vers de terre, tu vas pouvoir vivre comme eux toute la nuit, sous la terre, sans lumière. Ensuite, tu passeras peut-être à autre chose. » Les malheureux n'avaient pas saisi que nous étions dorénavant branchés scarabées et que la sanction n'aurait donc pas la portée pédagogique escomptée.  

Thomas n'était en fait pas si beau, il avait les cheveux en bataille et les oreilles décollées, mais était toujours plein d'idées géniales pour tuer le temps. Il était brillant en tout, sauf à l'école. Cabanes, bastons, chasse, pêche, animaux, il savait tout sur tout. Mais les maths et le français, ça ne l'intéressait pas. Tout le contraire de moi finalement. Je lui donnais mon savoir pré-universitaire et il m'initiait à la vraie vie, nous avions en quelque sorte trouvé un équilibre fertile dans notre amitié. C'était très improbable comme rencontre, et je ne suis pas certain que mes parents la voyaient d'un bon œil, bien qu'ils n'aient jamais fait la moindre réflexion à ce sujet. Je passais des après-midi entiers chez Thomas, à regarder les papillons sortir du cocon dans le laboratoire d'aquariums de son père, à jouer à l'Amstrad, car ce veinard avait chez lui la télé et l'ordinateur, ce qui expliquait sans doute pourquoi, chez moi, on trouvait plus de bandes dessinées et de classiques de la littérature française… Bref, l'univers de Thomas était ludique, le mien était encyclopédique, et je m'étonnais chaque jour un peu plus qu'il daigne encore venir chez moi où, il faut bien le dire, l'ennui se lisait dans la volière de mon père, la peinture sur soie de ma mère et la discothèque de ma sœur….

	Mais, malgré tout cela, notre amitié était sans failles, sûrement parce que j'avais un caractère facile et qu'il lui était aisé de m'embarquer dans toutes ses activités loufoques (puisque mon imagination était limitée à la mise en scène mentale des romans que je dévorais chez moi, faute de friandises ou d'activités plus joyeuses)…Elle était même montrée du doigt dans la minuscule cour de récréation de l'école de province où nous apprenions à compter les vaches… Et elle faisait des jaloux. Mais, puisque rien ne dure en ce bas monde, elle fut mise à mal le jour où la Mercedes du père de Jocelyn déposa ledit Jocelyn devant la grille de l'école., lui et sa tête de plus que moi, son sourire parfait, son regard perçant. Dès que je l'ai vu entrer dans la classe de CM1, un matin brumeux de novembre, j'ai su que je ne ferais pas le poids. Il venait de Paris, il savait tout sur tout et avait bien senti que Thomas était celui qui lui serait le plus utile dans cette campagne hostile qu'il ne connaissait pas encore.</description><content:encoded><![CDATA[Pendant que Claudette Souche, dans toute sa bêtise, s’adonnait joyeusement au tricot, à la couture et à l’aquagym, son compagnon Bernard, l’autre homme barbu de notre univers familial était, à l’inverse de mon parrain, très terre-à-terre. Presque primitif. Fan de tout le règne animal, j’admirais avec effroi cette passion folle de la chasse qui le poussait à aller jusqu’à tuer sauvagement l’objet de son affection. Il y avait, chez ce Bernard, de l’excès, et c’était rare chez les adultes. Moi, cela me rappelait mes lectures d’histoires d’amour fou à la Duchesse de Langeais qui finissaient dans le sang (mes choix littéraires étaient assez précoces  pour mon âge j’en conviens, mais je n’avais à l’époque guère qu’une bibliothèque pour m’évader du monde réel). Cela me rappelait aussi la fois où j’avais essayé de pousser Thomas dans les escaliers parce qu’il avait préféré jouer avec Jocelyn. Enfin, cela me réconciliait avec Claudette Souche qui, un jour peut-être, était susceptible d’y passer, elle aussi…<br />
Bernard avait donc trois chats, deux chiens, un furet, des lapins… Il avait également eu un serpent, une mygale, des tortues, une mare à canards, j’en passe et des meilleures. Bref, aller chez Bernard et Claudette, c’était un peu visiter l’Arche de Noé, mais… en cage. Si de mon côté j’étais assez fasciné par toute cette faune à portée de la main, m’extasiant à chaque nouvelle visite devant une nouvelle acquisition encore plus bizarre que la précédente, mes parents regardaient tout cela d’un œil lointain et suspect. Voire accusateur, puisque Hugo, le dernier de la progéniture des Bouche, développait à chaque arrivée d’un nouveau spécimen une nouvelle allergie, à chaque fois plus impressionnante que la précédente. D’un eczéma et psoriasis décapants, il était passé à une pelade foudroyante puis à une maladie respiratoire qui l’obligeait à prendre de la ventoline toutes les heures. Chauve, à la peau sèche et squelettique, Hugo était une sorte de lézard bipède sous haute surveillance. Alors que je m’enthousiasmais chaque fois un peu plus du génie de Bernard quant à ses choix animaliers, mes parents étaient consternés de voir cet enfant devenir jour à près jour l’animal le plus laid et le plus malade de cette immense ménagerie.<br />
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	Le jour où Bernard eut l’idée de construire une volière, mon père oublia subitement le pauvre sort d’Hugo et nos visites chez les Souche devinrent, à mon grand plaisir, de plus en plus rapprochées. Je passais des heures à jouer avec le furet, à le dresser, le caresser, lui parler. De son côté, mon père, assis sur un banc en face de la volière, scrutait les moindres mouvements des huit canaris multicolores de Bernard. C’était un peu ses Feux de l’amour. Tel jour, le blanc perdait ses plumes à cause d’un parasite, tel autre il y avait l’accouplement du jaune et du orange. Puis les œufs arrivaient, les petits naissaient, les vieux mourraient. Passionnant… <br />
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Quand j’étais puni, j’étais prié d’aller méditer sur mes bêtises à la cave, si bien que l’endroit était devenu un peu ma deuxième chambre. Cette fois, mes parents avaient un motif métaphorique valable, et c’est volontairement qu’ils me laissèrent seize heures au royaume de la moisissure. J’avais bouché l’évier avec les vers de terre... « Si tu aimes tant les vers de terre, tu vas pouvoir vivre comme eux toute la nuit, sous la terre, sans lumière. Ensuite, tu passeras peut-être à autre chose. » Les malheureux n’avaient pas saisi que nous étions dorénavant branchés scarabées et que la sanction n’aurait donc pas la portée pédagogique escomptée.  <br />
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Thomas n’était en fait pas si beau, il avait les cheveux en bataille et les oreilles décollées, mais était toujours plein d’idées géniales pour tuer le temps. Il était brillant en tout, sauf à l’école. Cabanes, bastons, chasse, pêche, animaux, il savait tout sur tout. Mais les maths et le français, ça ne l’intéressait pas. Tout le contraire de moi finalement. Je lui donnais mon savoir pré-universitaire et il m’initiait à la vraie vie, nous avions en quelque sorte trouvé un équilibre fertile dans notre amitié. C’était très improbable comme rencontre, et je ne suis pas certain que mes parents la voyaient d’un bon œil, bien qu’ils n’aient jamais fait la moindre réflexion à ce sujet. Je passais des après-midi entiers chez Thomas, à regarder les papillons sortir du cocon dans le laboratoire d’aquariums de son père, à jouer à l’Amstrad, car ce veinard avait chez lui la télé et l’ordinateur, ce qui expliquait sans doute pourquoi, chez moi, on trouvait plus de bandes dessinées et de classiques de la littérature française… Bref, l’univers de Thomas était ludique, le mien était encyclopédique, et je m’étonnais chaque jour un peu plus qu’il daigne encore venir chez moi où, il faut bien le dire, l’ennui se lisait dans la volière de mon père, la peinture sur soie de ma mère et la discothèque de ma sœur….<br />
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	Mais, malgré tout cela, notre amitié était sans failles, sûrement parce que j’avais un caractère facile et qu’il lui était aisé de m’embarquer dans toutes ses activités loufoques (puisque mon imagination était limitée à la mise en scène mentale des romans que je dévorais chez moi, faute de friandises ou d’activités plus joyeuses)…Elle était même montrée du doigt dans la minuscule cour de récréation de l’école de province où nous apprenions à compter les vaches… Et elle faisait des jaloux. Mais, puisque rien ne dure en ce bas monde, elle fut mise à mal le jour où la Mercedes du père de Jocelyn déposa ledit Jocelyn devant la grille de l’école., lui et sa tête de plus que moi, son sourire parfait, son regard perçant. Dès que je l’ai vu entrer dans la classe de CM1, un matin brumeux de novembre, j’ai su que je ne ferais pas le poids. Il venait de Paris, il savait tout sur tout et avait bien senti que Thomas était celui qui lui serait le plus utile dans cette campagne hostile qu’il ne connaissait pas encore.]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20091120163509/l-enfant-sans-sommeil-2/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2009-11-20T16:35:09+01:00</dc:date></item><item rdf:about="http://blog.nissen.gayattitude.com/20091103163800/l-enfant-sans-sommeil-1/"><title>L'enfant sans sommeil (1)</title><description> Le père de Thomas était mon parrain. C'était un homme barbu et silencieux, qui avait l'air intelligent mais en dehors du monde des hommes. Il ne punissait jamais Thomas. Les murs de sa maison étaient recouverts de papillons épinglés, sous verre, étiquetés de noms en latin si je me souviens bien. Il y en avait des grands, qui devaient faire deux fois la taille de ma main de l'époque, ils avaient alors un cadre pour eux tout seul. Les petits, comme c'est souvent le cas dans la vraie vie, devaient partager leur enfer de papillon mort avec d'autres. Monde injuste. Je me reconnaissais dans ces petits papillons. Mon frère aîné avait droit à une grande chambre, alors que j'avais la plus petite. Je trouvais cela d'autant plus injuste qu'à la fin, il n'était quasiment plus à la maison et sa chambre était devenue une chambre d'amis – qui ne venaient bien sûr jamais dormir à la maison – avec un grand lit double, là où, dans la mienne, il n'y avait qu'un petit lit cassé, hérité de ma sœur qui, elle aussi, commençait à découcher de plus en plus souvent… Mon drôle de parrain était donc chasseur de papillon. Je suppose qu'il avait une activité rémunératrice à côté de celle de chasseur de lépidoptères, mais je n'étais pas au courant. D'ailleurs, je me demande aujourd'hui s'il les chassait vraiment ou si, simplement, il achetait ses trésors chez des antiquaires… Mais à l'époque, mon parrain était chasseur de papillons, et même « entomologiste ». Ce mot compliqué, avec cette redondance de O, je l'avais tout de suite ajouté, en bonne position, à mon classement des mots magiques et je ne cessais de le répéter, l'écorchant presque à chaque fois, énervant malgré moi mon grand frère qui, avec ses grands airs de savant de dix-huit ans, ne manquait pas une occasion de me reprendre. Peu m'importait... Pour une fois, j'avais quelque chose d'extraordinaire à raconter à mes copains, quelque chose pour éveiller leur curiosité sur mon petit être sans intérêt. Et eux, quand j'écorchais le nom savant, ne faisaient pas tant de manières : ils buvaient ma science entomologiste approximative comme du petit lait..

	Il faut croire que Thomas, lui, ne trouvât pas les amis ailés de son père si extraordinaires. « Lui, il peut épingler ces bestioles partout, moi j'ai même pas le droit d'afficher un poster de chat sur mon mur… En plus, à la maison, personne ne supporte plus ces cadres. Et moi j'en fais des cauchemars. Je rêve que des chenilles me tissent un cocon et que, lorsque je veux éclore en papillon, je n'arrive pas à sortir et j'étouffe… » Moi, cela me paraissait incroyable que, surtout en rêve, il ne soit pas capable de sortir d'un cocon. C'était toujours lui le plus fort en sport ou en baston à l'école… Toujours est-il qu'il avait développé une passion pour de tout autres bestioles : il s'était enamouré, depuis une dizaine de jours et au grand dam de ses parents (et des miens par la suite), des seigneurs vers de terre. Il me semble que, par pur esprit de contradiction, il avait choisi la chose la plus moche qui soit. Les papillons étaient-ils magnifiques ? Les héros de Thomas seraient, laids, au mouvement gauche et répugnant. Et, comble d'impiété, ils ne virevoltent pas dans le ciel, mais creusent des galeries torturées vers l'enfer.

	Comme tout ce qu'aimait Thomas - et justement parce que Thomas l'aimait -  me contaminait d'une passion tout identique, j'étais moi aussi devenu lombricophile. Nous passions donc des après-midi entières à chasser le ver de terre, armés d'une bouteille en plastique vide et de bâtons taillés en pointe avec le canif rouge de Thomas qui, disait-il, lui venait de son grand-père qui était pirate dans sa jeunesse. En tout cas, pour un canif de pirate, je peux vous dire qu'il ne coupait pas des masses… Nous pouvions attendre des heures, aux abords des fossés, à guetter le moindre soubresaut de terre qui annonçait la sortie imminente d'une proie. Nous avions remarqué que nos idoles aimaient quitter l'humus lorsque la pluie cessait. Ainsi, la moindre averse était le signe d'une chasse extraordinaire dans les minutes qui suivaient. Je comprenais alors (une fois n'est pas coutume) les saintes écritures, où il était question de pêche miraculeuse grâce à un certain Jésus - sorte de magicien des temps anciens - qu'on m'avait raconté au catéchisme les mercredis matins. Mon frère, toujours soucieux d'étaler sa culture, m'apprit que les bestioles étaient hermaphrodites. Après avoir brièvement enquêté sur les caractéristiques de l'hermaphrodite, je m'extasiais de plus belles. Le ver de terre avait donc tout compris : il était à la fois garçon et fille... Moi qui avait toujours été partagé entre les histoires de pirates et de fées, je m'extasiais devant un tel génie ! Et si on ajoute à cela cette capacité de se régénérer lorsqu'on le coupe en deux... Non, décidément, le ver de terre était une créature passionnante...

	Mais un jour, nous découvrîmes les scarabées, bien sûr tout aussi peu esthétiques, mais qui eux, grande classe, brillaient au soleil. Notre amour pour les mini-reptiles s'éteignait donc lentement au profit des scarabées qui, nous dit notre instituteur, étaient déjà prisés des égyptiens (de là dû naître aussi ma fascination pour le peuple égyptien et la momification  de tous mes animaux domestiques défunts, mais c'est une autre histoire…). Il fallut alors, tels les dieux des vers de terre - de ceux-là en tout cas - se poser la question de la destinée de ceux qui grouillaient dans notre aquarium artisanal. Thomas suggéra de les laver, et ils en avaient bien besoin puisque l'on jetait dans la bouteille toutes sortes d'aliments, ignorant complètement leur régime alimentaire, mais soucieux de les garder en vie. Nous leur fîmes donc prendre un bain dans l'évier de ma cuisine. Nous en perdîmes un bon tiers qui s'échappa par les trous (nous avions d'abord oublié de mettre le bouchon), puis un autre tiers par noyade (nous pensions, dans notre optimisme tout enfantin, que s'ils ne brillaient pas, ils sauraient au moins nager…). Nous avons ensuite retiré le bouchon pour mettre fin au naufrage et laisser les noyés rejoindre leurs compagnons d'infortune exilés, puis nous avons récupéré les survivants. Il devait en rester quatre ou cinq, et nous les avons coupés en petits morceaux pour voir si les scarabées, par un heureux hasard, n'en étaient pas friands… Ces derniers, dans leur exigence royale, boudèrent évidemment le festin qu'on leur avait préparé.

	Mon père, de son côté, avait finalement jeté son dévolu sur les canaris. Il avait d'ailleurs toujours eu une passion pour les oiseaux  et, après s'être contenté de les regarder virevolter dans notre petit jardin de banlieue lilloise pendant de longues années, il avait fini par franchir le pas : acquérir ses propres oiseaux. Je pense qu'il pompa honteusement l'idée après avoir observé la volière de Bernard, compagnon d'une sorte de petite cousine de ma mère (je n'ai jamais compris toutes les subtilités généalogiques de la famille, et m'y suis toujours très peu intéressé à dire vrai…) qui répondait au petit nom ridicule de Claudette. J'ai toujours trouvé qu'avoir ce nom-là, en « ette », une fois la quarantaine passée, ne faisait pas très sérieux et je me suis d'ailleurs longtemps demandé si ma mère n'était pas également de cet avis puisqu'elle y apposait toujours son nom lorsqu'elle parlait d'elle. Elle ne disait jamais « Claudette », mais toujours « Claudette Souche » alors que le reste de l'humanité ne bénéficiait pas de cette apposition. Sauf bien sûr lorsque cela pouvait porter à confusion lorsqu'un prénom excessivement banal à la Jean-Marie recouvrait de trop nombreuses entités. Or, il n'y avait qu'une seule Claudette dans notre univers, c'était donc une sorte d'illogisme linguistique de la part de ma mère, pourtant très cartésienne, que je n'expliquais autrement. Un jour, en toute sincérité - et subtilité -, j'avais demandé à Claudette Souche si on avait le droit, lorsque l'on était grand, de changer de prénom, m'étonnant secrètement qu'elle n'y ait pas songé si tel était le cas. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je la vis me répondre : « Lorsqu'on est grand, on fait ce que l'on veut. Moi, mon vrai prénom, c'est Claudie, mais comme je trouvais que c'était un prénom de garçon, je me fais appeler Claudette. » J'étais estomaqué, comment pouvait-on troquer aussi facilement un prénom doux et classe pour un sobriquet aussi ridicule ? Il me sembla qu'à trop aimer les volatiles, le monde adulte finissait par ne plus avoir les pieds sur terre.
</description><content:encoded><![CDATA[ Le père de Thomas était mon parrain. C’était un homme barbu et silencieux, qui avait l’air intelligent mais en dehors du monde des hommes. Il ne punissait jamais Thomas. Les murs de sa maison étaient recouverts de papillons épinglés, sous verre, étiquetés de noms en latin si je me souviens bien. Il y en avait des grands, qui devaient faire deux fois la taille de ma main de l’époque, ils avaient alors un cadre pour eux tout seul. Les petits, comme c’est souvent le cas dans la vraie vie, devaient partager leur enfer de papillon mort avec d’autres. Monde injuste. Je me reconnaissais dans ces petits papillons. Mon frère aîné avait droit à une grande chambre, alors que j’avais la plus petite. Je trouvais cela d’autant plus injuste qu’à la fin, il n’était quasiment plus à la maison et sa chambre était devenue une chambre d’amis – qui ne venaient bien sûr jamais dormir à la maison – avec un grand lit double, là où, dans la mienne, il n’y avait qu’un petit lit cassé, hérité de ma sœur qui, elle aussi, commençait à découcher de plus en plus souvent… Mon drôle de parrain était donc chasseur de papillon. Je suppose qu’il avait une activité rémunératrice à côté de celle de chasseur de lépidoptères, mais je n’étais pas au courant. D’ailleurs, je me demande aujourd’hui s’il les chassait vraiment ou si, simplement, il achetait ses trésors chez des antiquaires… Mais à l’époque, mon parrain était chasseur de papillons, et même « entomologiste ». Ce mot compliqué, avec cette redondance de O, je l’avais tout de suite ajouté, en bonne position, à mon classement des mots magiques et je ne cessais de le répéter, l’écorchant presque à chaque fois, énervant malgré moi mon grand frère qui, avec ses grands airs de savant de dix-huit ans, ne manquait pas une occasion de me reprendre. Peu m’importait... Pour une fois, j’avais quelque chose d’extraordinaire à raconter à mes copains, quelque chose pour éveiller leur curiosité sur mon petit être sans intérêt. Et eux, quand j’écorchais le nom savant, ne faisaient pas tant de manières : ils buvaient ma science entomologiste approximative comme du petit lait..<br />
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	Il faut croire que Thomas, lui, ne trouvât pas les amis ailés de son père si extraordinaires. « Lui, il peut épingler ces bestioles partout, moi j’ai même pas le droit d’afficher un poster de chat sur mon mur… En plus, à la maison, personne ne supporte plus ces cadres. Et moi j’en fais des cauchemars. Je rêve que des chenilles me tissent un cocon et que, lorsque je veux éclore en papillon, je n’arrive pas à sortir et j’étouffe… » Moi, cela me paraissait incroyable que, surtout en rêve, il ne soit pas capable de sortir d’un cocon. C’était toujours lui le plus fort en sport ou en baston à l’école… Toujours est-il qu’il avait développé une passion pour de tout autres bestioles : il s’était enamouré, depuis une dizaine de jours et au grand dam de ses parents (et des miens par la suite), des seigneurs vers de terre. Il me semble que, par pur esprit de contradiction, il avait choisi la chose la plus moche qui soit. Les papillons étaient-ils magnifiques ? Les héros de Thomas seraient, laids, au mouvement gauche et répugnant. Et, comble d’impiété, ils ne virevoltent pas dans le ciel, mais creusent des galeries torturées vers l’enfer.<br />
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	Comme tout ce qu’aimait Thomas - et justement parce que Thomas l’aimait -  me contaminait d’une passion tout identique, j’étais moi aussi devenu lombricophile. Nous passions donc des après-midi entières à chasser le ver de terre, armés d’une bouteille en plastique vide et de bâtons taillés en pointe avec le canif rouge de Thomas qui, disait-il, lui venait de son grand-père qui était pirate dans sa jeunesse. En tout cas, pour un canif de pirate, je peux vous dire qu’il ne coupait pas des masses… Nous pouvions attendre des heures, aux abords des fossés, à guetter le moindre soubresaut de terre qui annonçait la sortie imminente d’une proie. Nous avions remarqué que nos idoles aimaient quitter l’humus lorsque la pluie cessait. Ainsi, la moindre averse était le signe d’une chasse extraordinaire dans les minutes qui suivaient. Je comprenais alors (une fois n’est pas coutume) les saintes écritures, où il était question de pêche miraculeuse grâce à un certain Jésus - sorte de magicien des temps anciens - qu’on m’avait raconté au catéchisme les mercredis matins. Mon frère, toujours soucieux d’étaler sa culture, m’apprit que les bestioles étaient hermaphrodites. Après avoir brièvement enquêté sur les caractéristiques de l’hermaphrodite, je m’extasiais de plus belles. Le ver de terre avait donc tout compris : il était à la fois garçon et fille... Moi qui avait toujours été partagé entre les histoires de pirates et de fées, je m’extasiais devant un tel génie ! Et si on ajoute à cela cette capacité de se régénérer lorsqu’on le coupe en deux... Non, décidément, le ver de terre était une créature passionnante...<br />
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	Mais un jour, nous découvrîmes les scarabées, bien sûr tout aussi peu esthétiques, mais qui eux, grande classe, brillaient au soleil. Notre amour pour les mini-reptiles s’éteignait donc lentement au profit des scarabées qui, nous dit notre instituteur, étaient déjà prisés des égyptiens (de là dû naître aussi ma fascination pour le peuple égyptien et la momification  de tous mes animaux domestiques défunts, mais c’est une autre histoire…). Il fallut alors, tels les dieux des vers de terre - de ceux-là en tout cas - se poser la question de la destinée de ceux qui grouillaient dans notre aquarium artisanal. Thomas suggéra de les laver, et ils en avaient bien besoin puisque l’on jetait dans la bouteille toutes sortes d’aliments, ignorant complètement leur régime alimentaire, mais soucieux de les garder en vie. Nous leur fîmes donc prendre un bain dans l’évier de ma cuisine. Nous en perdîmes un bon tiers qui s’échappa par les trous (nous avions d’abord oublié de mettre le bouchon), puis un autre tiers par noyade (nous pensions, dans notre optimisme tout enfantin, que s’ils ne brillaient pas, ils sauraient au moins nager…). Nous avons ensuite retiré le bouchon pour mettre fin au naufrage et laisser les noyés rejoindre leurs compagnons d’infortune exilés, puis nous avons récupéré les survivants. Il devait en rester quatre ou cinq, et nous les avons coupés en petits morceaux pour voir si les scarabées, par un heureux hasard, n’en étaient pas friands… Ces derniers, dans leur exigence royale, boudèrent évidemment le festin qu’on leur avait préparé.<br />
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	Mon père, de son côté, avait finalement jeté son dévolu sur les canaris. Il avait d’ailleurs toujours eu une passion pour les oiseaux  et, après s’être contenté de les regarder virevolter dans notre petit jardin de banlieue lilloise pendant de longues années, il avait fini par franchir le pas : acquérir ses propres oiseaux. Je pense qu’il pompa honteusement l’idée après avoir observé la volière de Bernard, compagnon d’une sorte de petite cousine de ma mère (je n’ai jamais compris toutes les subtilités généalogiques de la famille, et m’y suis toujours très peu intéressé à dire vrai…) qui répondait au petit nom ridicule de Claudette. J’ai toujours trouvé qu’avoir ce nom-là, en « ette », une fois la quarantaine passée, ne faisait pas très sérieux et je me suis d’ailleurs longtemps demandé si ma mère n’était pas également de cet avis puisqu’elle y apposait toujours son nom lorsqu’elle parlait d’elle. Elle ne disait jamais « Claudette », mais toujours « Claudette Souche » alors que le reste de l’humanité ne bénéficiait pas de cette apposition. Sauf bien sûr lorsque cela pouvait porter à confusion lorsqu’un prénom excessivement banal à la Jean-Marie recouvrait de trop nombreuses entités. Or, il n’y avait qu’une seule Claudette dans notre univers, c’était donc une sorte d’illogisme linguistique de la part de ma mère, pourtant très cartésienne, que je n’expliquais autrement. Un jour, en toute sincérité - et subtilité -, j’avais demandé à Claudette Souche si on avait le droit, lorsque l’on était grand, de changer de prénom, m’étonnant secrètement qu’elle n’y ait pas songé si tel était le cas. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je la vis me répondre : « Lorsqu’on est grand, on fait ce que l’on veut. Moi, mon vrai prénom, c’est Claudie, mais comme je trouvais que c’était un prénom de garçon, je me fais appeler Claudette. » J’étais estomaqué, comment pouvait-on troquer aussi facilement un prénom doux et classe pour un sobriquet aussi ridicule ? Il me sembla qu’à trop aimer les volatiles, le monde adulte finissait par ne plus avoir les pieds sur terre.<br />
]]></content:encoded><link>http://blog.nissen.gayattitude.com/20091103163800/l-enfant-sans-sommeil-1/</link><dc:creator>nissen</dc:creator><dc:date>2009-11-03T16:38:00+01:00</dc:date></item></rdf:RDF>
